Cher Farzad, nous avons honte ! Nous, sommes indignes et nous avons honte !

Journaliste et responsable de Tahkim Vahdat à Ispahan, Bahram Esmaeilbeigi écrit une lettre pour exprimer ses sentiments après la mort de Farzad Kamangar

Par BAHRAM ESMAEILBEIGI
Mardi 11 Mai 2010

Nous avons honte. Nous avons honte car nous t’avons regardé nous quitter sans bouger. Nous t’avons regardé boiter et nous n’avons rien dit. Je ne sais pas si c’était ton sourire qui nous hypnotisait ou peut-être nos pieds qui ne voulaient pas marcher à ta rencontre. Je ne sais pas, mais nos mains étaient liées. Tu étais peut-être trop grand pour nous. Quelque en soit la raison, nous avons pris des leçons de résistance et nous avons ressenti la peur. Quelque en soit la raison, nous avons vu que l’on pouvait mourir, même debout.

Nous avons honte. Nous avons honte parce que nous savions que tu ne nous reviendrais pas et que nous avons continué à vivre ! Nous te prenions toujours en exemple mais nous ne nous sommes pas montrés.

Tu es devenu le Christ de nos idéaux et notre silence est devenu une corde autour de ton cou. Nous avons honte. Nous avons honte du visage douloureux d’une femme qui n’a pas arrêté de semer des graines d’espoir quand tu n’étais pas là, et maintenant que tu es parti, elle apprend la patience.

Et maintenant, ni le regard de ta mère ni les mots de ton avocat ne nous donnent plus d’espoir. Maintenant je vois ta haute silhouette sur les montagnes de Shahou et je vois ton enfance à la ferme. Maintenant, nous prions de Kamyaran à Kermanshah.

Nous sommes trop embarrassés pour venir. Autrement nous le ferions, nous sacrifierions notre dignité  à ta noblesse. Non que nous soyons trop faibles de cœur pour venir, c’est juste que nous avons trop honte pour regarder les murs de ta classe. Le silence n’est pas une réponse aux questions de tes élèves. Nos langues sont paralysées. Nous sommes tellement rouges de honte que notre espoir vert devient méprisable devant ta persévérance.

Pardonne nous Farzad. Nos mains sont liées et nos cœurs vides. Admets juste que nos cœurs sont absents, des cœurs qui, en ce moment, ont semé la politique et récolté les compromis. Admets juste que nos mains sont trop liées.

Nous des élèves paresseux qui apprenons la persévérance et l’humanité et tu es notre maître même quand tu te balances au bout d’une corde.

Farzad, tu nous pousses à avancer alors que nos jambes boitent et que nous allons dans la mauvaise direction. Nous prenons la place des arbres et de l’air frais. C’est pourquoi la pollution t’ennuyait.

Nous avons honte Farzad. Nous sommes indignes et nous avons tous trop honte.

Bahram Esmaeilbeigi

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