“VOUS N’AVEZ PAS LE DROIT D’ECRIRE!”

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Une Lettre de l’instituteur exécuté Farzad Kamangar:

Je me souviens encore de la première fois : nous étions enfants et nous jouions, ils nous ont séparés uniquement parce que tu étais une fille. Tu a arrêté de jouer, les larmes aux yeux et je désire toujours te regarder alors que nous jouerions au professeur et à l’élève.

Ma très chère, l’élève tête en l’air dans ta classe au milieu du tumulte des mesures de sécurité à l’échelle de la nation désire encore te tenir par la main en public en te bredouillant des mots d’amour interdits et en t’envoyant des sourires, un peu comme dans notre enfance, comme si notre amie d’enfance ne sentait pas passer les années, comme s’ils n’avaient pas appliqué tous ces projets de séparation des hommes et des femmes.

Ton ami d’enfance désire l’égalité en ces temps d’avertissements oraux et écrits, de menottes, de tribunaux et de voiles noirs. Comme s’il ne savait que dans un siècle ou les gens de ton sexe voyagent dans l’espace et enlacent les étoiles, il existe des hommes habillés de vert qui édictent le genre de chaussures que tu dois porter et mesurent l’épaisseur de tes vêtements pour s’assurer de la sécurité de notre terre !

Ton ami d’enfance si calme n’a jamais grandi. Ici, derrière les murs de la prison, il s’ennuie toujours des ruelles étroites de notre ville pendant les étés calmes et chauds, quand tout le monde dormait. Il attend une autre occasion de te revenir en tant qu’invité pour que tu partages avec lui ton assiette de pastèque.

Ma très chère, ces jours-ci, ton ami d’enfance désire terriblement s’enfuir, comme s’il ne savait pas que tu as atteint l’âge adulte, comme s’il ne voulait pas croire que des femmes attendent d’être lapidées. Il ne veut pas croire que, dans un monde ou les pensées, les droits, la liberté, la dignité, l’humanité et la patrie sont à vendre, une femme ne possède même pas son propre corps.

Au fait, comment toutes ces inégalités et ces séparations ont-elles commencé ?

Est-ce quand le « désir féroce » d’Eve l’a conduite à ignorer les ordres de Dieu et qu’elle a choisi la Terre comme lieu de souffrance ? Ou quand, pour la première fois, une petite fille a laissé flotter ses cheveux au vent ? Le vent a traversé ses cheveux libres et emmené avec lui tous leurs secrets, de ville en ville, les a murmurés à l’oreille des montagnes et des arbres. Ce « simulacre grandiose » a-t-il causé l’ire de la tribu ? Peut-être pas ! Quand la source du printemps a vu le reflet de la belle petite fille sur elle, qu’elle en est tombée amoureuse  et lui a murmuré sa beauté à l’oreille ? Et la rivière, hypnotisée, a parlé de cette histoire d’amour à la mer. Peut-être tous ces regards volés n’ont-ils pas été bien accueillis par les « hommes d’honneur » qui ont maintenu la petite fille à la maison.

Ou ce serrement de mains entre anges de neuf ans a-t-il détruit les fondements de nos croyances ? Et on a utilisé les traditions pour faire de toi un citoyen de deuxième classe.

Ou non, peut-être quand ton doux parfum m’attira, moi ton ami d’enfance, vers les ruelles reculées de mes souvenirs pour y rechercher Sara, mon amie d’enfance, pour retrouver des signes d’amour dans les premiers regards et les dernières larmes. En conflit avec les « lois de la nature » non écrites, nous devînmes des étrangers l’un pour l’autre.

Je ne sais pas, je ne sais vraiment pas ou ça a commencé. Mais dans mes rêves, je murmure la phrase inachevée que je devais te dire lors de notre première aube partagée, ton regard innocent plante dans le mien m’aurait hypnotisé et je t’aurais dit : « Tu es devenue une femme, félicitations. »

Ils ne nous ont pas laissé  nous revoir, même pas pour une dernière fois. Derrière les barreaux de ma prison je ne puis voir la noblesse de ton amour de la vie dans tes yeux. Sous leur regard lourd et inquisiteur, tu serrais toujours ta petite poupée en signe d’amour et de fidélité a ton ami d’enfance et tu ne reniais pas ton amour.

Maintenant, en signe de gratitude pour les milliers d’années de féminité, en signe de gratitude pour les milliers de souvenirs et de rêves non réalisés, je rejoins la « Campagne pour l’Egalité des Femmes » avec ma seule signature, une signature pour honorer le fait que tu soies une femmes, ta féminité.

L’ami d’enfance de Sara,

Farzad Kamangar

Bloc des Prisonniers Infectés
Prison Rajai de Karaj, Iran

10 février 2008

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