Comment j’ai été arrêtée le 22 Bahman "Courageuse Pureté"

ITALIAN GERMAN

Je n’avais pas de nouvelles de mon amie « Courageuse Pureté » ; pour ne pas prendre de risques, je ne l’avais pas appelée dans sa cellule, de peur de lui causer plus de problèmes, surtout parce que nous communiquions beaucoup par mail. Lors de mon voyage en Iran lors des vacances du nouvel an, j’ai enfin pu voir ma famille et demander des nouvelles de ma chère amie Courageuse Pureté. Il n’y avait personne chez elle, j’ai donc pensé qu’ils étaient partis en voyage. Je suis donc parti d’Iran après les vacances du nouvel an sans nouvelles d’elle jusqu’à hier où j’ai reçu ce mail d’elle :

Le 22 Bahman, comme toutes les autres fois, nous avons décidé d’aller à la manifestation avec nos amis. Nous avions prévu de nous rencontrer à 10 heures, côté sud de la deuxième place d’Ariashahr. Arrivés à destination à 10 heures, nous avons compris que même si Ariashahr ressemblait à un camp militaire, les gens se rassemblaient quand même dans les rues dans l’attente de l’arrivée de Monsieur Karroubi. Au fil du temps, de plus en plus de monde arrivait. A mesure que la foule grossissait, les slogans commencèrent. On scandait : « Mort au dictateur » et « Karroubi, nous te soutenons» et beaucoup d’autres slogans dont je ne me souviens plus (c’était il y a 80 jours).

Soudain, j’ai entendu des balles. Nous étions entourés de gaz lacrymogènes et les vêtements de certains étaient barbouillés de peinture. Ces couleurs sur les vêtements nous laissaient perplexes quand les voyous du gouvernement de coup d’état nous attaquèrent. En nous enfuyant, nous nous cognions les uns dans les autres. Mes vêtements furent tâchés de peinture quand j’ai frôlé ceux de quelqu’un qui en étaient maculés.

En fuyant, je remarquai que les voyous se concentraient sur moi. Je compris qu’ils allaient m’arrêter. En dépit de toute l’énergie mise dans ma fuite, il ne leur fallut pas longtemps pour m’encercler. Alors que j’étais face à eux, l’un des voyous me frappa par derrière avec quelque chose que j’ai ressenti comme un tuyau. L’impact fut si puissant que je tombai face contre terre. J’essayai maladroitement de me relever quand un autre voyou me mis sa botte sur le cou, me forçant à retomber et dit « Ne bouge pas d’un cheveu ! »

Un autre m’attacha les mains dans le dos. J’avais encore mal du coup précédent quand ils me poussèrent, face contre terre dans une camionnette aux rideaux bleus. Je pensais voir des policières dans la camionnette, mais je fus accueillie par deux policiers très grossiers qui s’adressaient à nous en nous traitant de tous les noms tout en nous bandant les yeux.

Je ne sais pas combien nous étions dans la camionnette quand elle s’ébranla. J’étais par terre, les yeux bandés, mais j’ai senti la camionnette bouger. Je ne sais pas combien de temps elle a roulé ni où nous allions, mais il me sembla que nous restâmes dans la camionnette 15 bonnes minutes. Dès notre arrivée au quartier général des voyous, ils recommencèrent à nous insulter et à nous traiter de tous les noms. Ils nous jetèrent hors du véhicule. Il m’a semblé que c’était un endroit sombre et fermé à cause de l’écho que je percevais.

Ils nous relevèrent et nous parlâmes comme à des prostituées. L’un d’eux dit : « Il faut que l’on couche avec l’une d’elles chaque nuit. » J’étais pétrifiée. J’avais eu peur depuis mon arrestation, mais ces mots, c’était encore autre chose. Un autre, qui semblait plus vieux, dit : « Déshabillons les toutes » tandis que les autres se moquaient de nous.

Un autre dit : « Il faut qu’ils augmentent notre quota. Il n’y a pas assez de filles pour nous. » Les voyous continuaient à nous humilier. Nous étions très fatiguées et la faim et la soif commençaient à se faire sentir. Puis ils dirent : « Nous reviendrons vous voir ce soir. »

Je ne sais pas combien nous étions, mais j’entendais d’autres filles pleurer doucement. Ils revinrent vers la fin de la nuit. Il faisait froid. Nous ne savions pas où nous étions et n’osions même pas nous lever ou bouger. Soudain, nous entendîmes la voix affreuse des voyous. Ils commencèrent à nous ramasser une par une et à nous emmener dans une autre pièce. Ils commencèrent par une fille. Ils lui dirent de se lever. Elle commença à hurler et à protester quand ils la relevèrent. Elle ne voulait évidemment pas les accompagner. J’entendis le bruit d’une claque, d’un coup de poing et d’un coup de pied, mêlé aux cris de la fille et aux injures des voyous. Nous sombrions dans la peur car nous savions que l’une de nous serait la suivante.

Et la suivante, ce fut moi. Je commençai à crier. Je hurlai : « Je ne veux pas venir ! » mais ils me sortirent de force en m’insultant, me giflant et me donnant des coups de pied pour m’emmener dans ce qui ressemblait à une pièce dans le même bâtiment. Ils me délièrent les mains et me demandèrent de retirer mes vêtements. Je pleurais, j’étais terrifiée. Je dis : « Je ne les retirerai pas » Je tentai de négocier avec eux et leur demandai : « Vous n’avez pas de sœurs ? » et l’un d’entre eux me gifla rudement sur l’oreille en me disant : « Ne te compare pas à ma sœur, putain ! »

J’étais paralysée par la peur. Il dit : « Déshabille-toi ! » J’étais vraiment terrorisée, je retirai mes vêtements. Il dit : « Pourquoi restes-tu là ? Retire aussi le reste. » (Mes sous-vêtements). Je tentai de plaider : « Ces sous-vêtements sont tous ce qui reste de l’honneur d’une jeune fille, si je retire aussi ces deux vêtements, c’est votre honneur que j’insulterai. » Ils recommencèrent à m’insulter et on me claqua les fesses en hurlant : « Dépêche-toi, continue. » Je dis : « Je ne retirerai rien d’autre. Je sais que vous avez suffisamment d’honneur et de dignité pour ne pas vouloir que je retire ces deux derniers vêtements. » Un de ces voyous m’attaqua comme un animal, me battis et arracha mes sous-vêtements. Maintenant, j’étais totalement nue…

Je pense qu’ils étaient quatre. Ils braquaient leurs regards sur moi maintenant que j’étais nue comme un ver. L’un d’eux me souleva et me posa sur un bureau pour pouvoir mieux me regarder et plus effrontément. Il dit : « Hadji, celle-là est pour moi ce soir, d’accord ? » J’entendis celui que l’on appelait Hadji répondre : « On n’a pas encore déshabillé les autres. Attends, tu risques d’en trouver une meilleure ! » Mais le premier répondit : « Je les ai déjà toutes examinées. C’est la meilleure du lot. » Hadji répondit : « Alors d’accord, emmène la. » Il commença à me soulever et à m’emmener hors de la pièce et Hadji demanda : « Attends, tu préfères rester ? »

J’entrevis une lueur d’espoir et dis : « S’il vous plait, Hadji. Oui, je vous en supplie. Pour l’amour de dieu, sauvez-moi. Je ferai tout ce que vous voudrez. » Il dit : « Donnez-lui une chaise pour qu’elle s’assoit. » Je m’assis sur la chaise. Il dit : « Je veux que tu répondes correctement à toutes les questions que je vais te poser. Je sais déjà ton nom et où tu travailles. Je veux que tu me dises le nom de tes complices. Je veux que tu me dises où tu prends tes ordres. Tu fais partie de la bande à Moussavi ou tu suis Karroubi ? Qui dans tes collègues est opposé au régime ? » Il me posa toutes ces questions et beaucoup d’autres encore dont je ne me souviens plus.

Je dis : « Comment veut-on que j’écrive les réponses à toutes ces questions alors que j’ai les yeux bandés ? » Il demanda que l’on retire le bandeau. Je vis Hadji. Il avait à peu près 50 ans et portait une fine barbe claire. Il y avait trois autres très jeunes gens avec lui. J’estime qu’ils devaient avoir 17 ou 18 ans. Il me vint à l’esprit que l’un de ces jeunes hommes voulait passer la nuit avec moi.

J’avais mal à la tête. Je n’arrêtais pas de penser à ce que la république islamique prônait aux jeunes bassidjis. Le sexe ? Les rapports occasionnels ? Je me souvenais que l’imam Khomeini avait dit : « La bassidj, c’est l’école de l’amour. » La bassidj est-elle l’école de l’amour ou l’école pour faire l’amour ? Ou peut-être l’école pour l’éducation sexuelle.

Je finis par écrire tout ce qu’Hadji me demandait et j’avouais tout ce qu’il voulait. Même s’il m’avait demandé d’écrire que la bombe du 7 tir c’était moi, je l’aurais fait, même si la vérité est que je n’avais que 9 ans quand ça a eu lieu. Quand j’eus fini d’écrire tout ce qu’il m’avait demandé, il me dit que je pouvais me rhabiller ; une fois habillée, ils m’emmenèrent dans une autre pièce (d’après l’apparence des murs, j’ai pensé que j’étais dans une mosquée). Quand ouvrirent la porte, je vis une autre fille dans la pièce. Ils m’y jetèrent et je commençais à lui parler ; nous entendîmes alors les cris et les supplications d’autres filles au dehors que l’on emmenait voir Hadji.

Nous dormîmes dans cette pièce cette nuit-là. Aux premières heures du lendemain, ils revinrent, nous menottèrent, nous bandèrent les yeux, nous mimes dans une voiture qui roula pendant environ dix minutes. A l’arrivée, nous comprîmes que nous étions à la prison d’Evine.

Je suis épuisée. Je viens d’être relâchée d’Evine. Dans mon prochain mail, je te parlerai de mes 80 jours de prison à Evine.

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