Lettre d’une victime de viol : Même si je suis devenue Automne, je suis plus belle désormais! Une lettre de douleur de Bahareh, victime de viol, arrêtée en juillet 2009 à la mosquée Ghoba

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Une lettre de douleur de Bahareh Maghami, coquelicot écrasé d’Iran (violée en prison)

« Mon nom est Bahar (Printemps en Persan). C’est le printemps et je vous écris à propos de fleurs, mais de fleurs aux pétales arrachés. Je vous écris à propos du vert des jeunes pousses, mais des pousses écrasées, piétinées par la haine, la haine manifestée envers la beauté et envers tout ce qui beau par des âmes laides, la haine manifestée envers ceux qui cherchent la justice par une bande de perfides. Je vous écris à propos d’hommes qui n’en sont pas.
Je m’appelle Bahareh Maghami, j’ai 28 ans, il ne reste rien de moi, je n’ai donc plus aucune raison de cacher mon nom. J’ai perdu tout ce qui était important pour moi. J’ai perdu mes amis et ma famille, mes voisins et mes compagnons, mes collègues et mes collaborateurs. J’ai tout perdu. Ceux qui se prétendent des hommes m’ont tout volé injustement. Ils ont volé ma vie. Maintenant que j’ai quitté le pays, je veux partager ma douleur avec quelqu’un, même si ce n’est qu’une seule fois. J’aimerais aussi demander à mes amies qui auraient partagé le même sort douloureux, d’écrire. Elles doivent écrire ce qui leur est arrivé. Même si elles craignent pour leur vie ou leur dignité, qu’elles utilisent des pseudonymes, mais qu’elles écrivent. Elles doivent écrire pour que l’histoire sache ce qui est arrivé à notre génération, cette génération frappée par le malheur. Elles doivent écrire pour que ceux qui nous suivront et vivront dans un Iran libre sachent le prix payé pour leur liberté ; combien de vies furent brûlées, combien d’espoirs évanouis ; ils doivent savoir les dos brisés et les genoux tordus !
Quand mon père l’a découvert, son dos s’est brisé. Il a volé en éclats. Ma maman a vieilli de cent ans en une nuit. Mon frère: je n’ai pas pu le regarder dans les yeux depuis et il n’aime pas me regarder non plus, il ne veut plus que je souffre. Quand il l’a découvert, ce fut comme s’ils lui avaient pris sa virilité. Quand il a découvert qu’il existait des gens qui se prétendaient des hommes mais qui n’ont gardé de l’homme que l’appareil génital, il a commencé à haïr sa propre virilité. Pour eux, les mots dignité, noblesse et chasteté n’ont aucune signification. J’étais institutrice en cours préparatoire. J’enseignais aux petites fleurs de ce pays à lire et à écrire. Je leur enseignais: « papa a apporté de l’eau », « cet homme est venu » « cet homme a apporté du pain ». Pour moi, l’image de l’homme, c’était un gentil qui apportait du pain, j’attendais juste qu’il vienne. Maintenant, l’image a changé. Il est en colère et aveuglé par ses désirs. Je ne peux pas me débarrasser de son infecte odeur de transpiration. J’ai toujours peur qu’il ne revienne. Je saute hors du lit en plein milieu de la nuit par peur du bruit de ses pas. Tout mon corps tremble au moindre bruit et mon cœur s’emballe par peur qu’il n’arrive. Je suis toujours prête à fuir. Je laisse la lumière allumée la nuit et je passe la journée dans les larmes et le malheur !
Notre maison était sur la rue « Kargar e Shomali ». J’étais allée à la mosquée Ghoba avec mon frère ; c’est là que j’ai été arrêtée. Ils m’ont battue, m’ont emmenée et m’ont détruite. Comme le disait notre ancien poète Hafez : ils ont fait ce que les Mongols faisaient !
Certains ont eu les bras cassés, d’autres les jambes brisées, d’autres encore, comme moi, ont eu l’esprit brisé, il a volé en éclats. Comme si l’on me retirait toute humanité. J’étais le Printemps. Je suis morte maintenant. Je ne suis qu’un coquelicot écrasé.
Vous qui lisez cette lettre, si vous connaissez des personnes qui, comme moi, ont été violées, je voudrais vous demander d’être très gentil avec elles, de sympathiser avec elles. Le problème pour moi et pour celles qui sont dans mon cas, c’est que dans notre culture, le viol n’est pas seulement une atteinte à une seule personne. C’est une atteinte à toute sa famille, à son clan. Une personne violée ne guérit pas avec le temps. Les blessures se rouvrent à chaque regard de son père. Son cœur se brise à nouveau à chaque larme de sa mère. La famille, les mais, les voisins, tout le monde coupe les ponts. Nous avons été forcé de vendre notre maison bien en dessous du prix du marché ; nous avons déménagé à Karadj (une banlieue de Téhéran). Mais nous n’y sommes pas restés non plus. Les agents ont rapidement trouvé notre nouvelle adresse et nous surveillaient. Ils se tenaient au coin de la rue et ricanaient au passage de mon père. Nous avons tout laissé et avons émigré. A leur âge avancé, mes parents devinrent des réfugiés dans un camp. Je le déclare, les blessures culturelles sont beaucoup plus difficiles à supporter que les physiques. Beaucoup sourient quand ils entendent parler de viol ! Je jure qu’il n’y a rien de drôle dans le viol ! Ce n’est que souffrance pour une famille simple ; ce n’est qu’une jeune fille ou un jeune homme qui perd sa dignité ; détruire le droit à l’amour n’est pas drôle. Mes violeurs riaient ! Ils étaient trois. Les trois étaient sales et portaient la barbe. Ils avaient un fort accent et sentaient fort de la bouche. Ils insultaient toute ma famille. Bien qu’ils se soient rendus compte que j’étais vierge, ils m’ont accusé d’être une putain et m’ont forcé à signer un papier reconnaissant que j’étais une prostituée. Je n’ai plus honte de le dire. Non seulement je n’en ai plus honte, mais je suis même fière de le dire, ils m’ont traité de prostituée. Ils ont dit, signe ça putain ! Je leur ai dit que j’étais enseignante et que je ne signerai pas. Ils ont dit qu’ils avaient trois témoins qui m’avaient vue coucher avec trois hommes dans la même nuit ; je leur ai dit que j’avais 30 témoins pour dire que j’étais enseignante et que ce qui m’était arrivé était de leur faute. Ils en ont ri en disant : bon, ce n’est pas si mal pour tout après tout ! Ton salaire est augmenté maintenant ! Voilà toute la valeur qu’ils accordent à l’intimité et à la dignité. Voilà toute la vacuité que représente pour eux des mots comme modestie et chasteté. Ils n’ont pas connuu ces vertus. Ils ne les possèdent pas. Pour eux, toutes les femmes étaient des putains. Ce n’était que des femmes. Ils n’épargnent même pas les hommes. Ce n’étaient pas des êtres humains. Ils n’obéissaient qu’à eux-mêmes. Ils étaient devenus des animaux pervers qui ne connaissaient que la destruction de toute forme de beauté. Je vois quelquefois des gens qui maudissent les mères et les sœurs de ces gens. Ces créatures n’épargnent même pas leurs propres mères, leurs propres sœurs. Je suis triste pour ceux qui doivent vivre toute leur vie avec de tels animaux enragés. J’ai eu les dents de devant cassées et l’épaule déplacée, ma féminité détruite. Je sais que je ne pourrai jamais aimer un homme ; je ne pourrai jamais m’approcher d’un homme et lui faire confiance. Je sais que dans mon pays, il y a beaucoup d’hommes braves qui ont souffert également, mais pour moi, les hommes, les vrais et ceux qui croient en être sont semblables. Ma vie de femme est terminée et je ressemble à une morte qui marcherait. Mais j’écris. J’écris pour regagner ma vie, j’écris que j’étais enseignante, que je me suis changée en prostituée et maintenant en écrivain. J’écris que j’étais Bahar (le Printemps) et que, même si je me suis changée en Automne, je n’en suis que plus belle. Je suis une belle putain, je suis devenue un paria pour le voisinage, je suis devenue une enseignante sans classe. Pour la république islamique, je suis devenue la femme aux cheveux coupés, aux bras cassés et au visage ensanglanté. Alors je suis fière d’être une putain pour la liberté. Je sais que je ne suis pas seule. J’entendais leurs voix, dans les cellules voisines alors que mon corps gisait sans vie et inutile sur le sol. J’entendais ces soi-disant hommes faire montre de leur virilité à plusieurs reprises. Je demande à tous ceux qui comme moi ont souffert d’écrire. Il faut qu’ils hurlent leurs souffrances ce sont celles dont Sadegh Hedayat (écrivain moderne) disaient qu’elles « mâchaient l’âme des gens ». Révélons-nous. Que tout le monde sache. Il faut que vous compreniez que vous n’êtes pas seules. Beaucoup sont comme vous et moi. Nous partageons cette même douleur.
Cette lettre de douleur est beaucoup plus longue que ça. Mais je la termine d’une phrase adressée directement à Monsieur Khamenei : « Vous vous considérez comme le père de cette nation. J’étais une fille d’Iran. Vos fils m’ont violée. Qui paiera ma dignité perdue ? »
Bahareh Maghami
Avril 2010, Allemagne

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